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Sophie Bédard Marcotte: Faire sourire, c’est important.

Mercredi, 28 Mars 2018

Projeté en première mondiale au Festival du nouveau cinéma, et présenté lors des derniers RVQC, Claire l’hiver prend l’affiche à Montréal vendredi 30 mars à la Cinémathèque québécoise. Le film sera également présenté à Rimouski le jeudi 5 avril à 19 h 30 au Cinéma Paraloeil, en présence de la cinéaste.

Claire l’hiver sera précédé du court métrage Bulletin spécial, un essai documentaire réalisé par Yousra Benziane qui explore la façon dont les lignes tracent nos vies. Il fut présenté au Canada aux Percéides et au Festival international du cinéma francophone en Acadie, et aux États-Unis au « Imagine Science Film Festival ».

Synopsis: Claire est une jeune photographe qui essaie tant bien que mal de traverser l’hiver. Il y a sa séparation qu’elle vit difficilement, ses craintes pour l’avenir qui la chicotent. Et puis, il y a aussi la peur bien réelle de recevoir sur la tête ce vaisseau spatial qui menace de s’écraser sur la Terre. Fantaisie, étrangeté, légèreté inquiète, plans-séquences, à l’envers, ralentis ou subjectifs… Pour son premier long de fiction, Sophie Bédard Marcotte trouve un ton singulier et personnel en livrant la chronique drôle, décalée et intimiste de la vie de cette jeune femme bien de son temps

Entrevue avec la cinéaste

Par rapport à ton premier film, un documentaire intimiste, c’est un changement de style majeur, non?

Il y a quand même des parallèles à faire dans les thèmes avec J’ai comme reculé, on dirait [long métrage sorti en salle au courant de l’été dernier, NDLR]. On pourrait dire que Claire l’hiver est une sorte de suite thématique à mon documentaire. Mais j’avais envie de faire quelque chose de différent dans la forme. Je voulais essayer de nouvelles voies. Le prochain film, sur lequel je suis en train de travailler actuellement, suit aussi les mêmes idées que les précédents. Je m’inspire de la réaction obtenue après mes projets pour avancer sur le suivant. Ce sera le cas, avec le documentaire que je pars tourner aux États-Unis le mois prochain.

Si dans les thèmes on se rapproche de ce que tu as fait précédemment, tu injectes ici une dose de fantaisie avec une histoire de vaisseau spatial. Pourquoi ce choix?

En fait, c’était là vraiment tôt dans le processus d’écriture. L’idée c’était de confronter l’infiniment petit (le quotidien de Claire) avec l’infiniment grand (l’espace) que l’on ne contrôle absolument pas. Le personnage principal n’a aucune emprise sur cet objet qui va peut-être lui tomber sur la tête d’un moment à l’autre... donc l’idée c’était de nous amener vers autre chose, un second degré placé dans une histoire réaliste, confronter le concret et l’abstrait. Et surtout rendre le récit un peu plus ludique. Je ne voulais pas m’apitoyer sur le sort de mon personnage, ne pas faire pitié avec ses problèmes de couple ou de job.

Le film nous propose l’histoire d’une jeune femme photographe qui a du mal à vivre sa vie, confrontée à plusieurs écueils... Est-ce qu’il y a une part d’autobiographie?

Oui, c’est sûr, même si ça reste une fiction avant tout. Je me suis inspiré pas juste de ce que j’ai vécu mais aussi ce que j’ai pu constater autour de moi. Dans mes films, j’essaye de confronter les individus à des défis sociologiques qui se posent à des gens de mon âge. Donc, j’ai essayé de faire quelques parallèles sur ce que moi je peux vivre, sur ce que ça peut dire de notre époque. Essayer de faire un lien entre la fiction et sur ce que l’humain peut vivre aujourd’hui, ici au Québec.

Claire l’hiver est un film très ludique. Qu’est-ce qui était important à tes yeux dans cette forme?

L’idée c’était de s’amuser un peu avec le sujet pour éviter l’impression de déjà-vu. Une jeune artiste qui en arrache, on a déjà vu ça. Donc je voulais m’amuser avec ça, jouer avec la forme... surtout en ayant si peu de moyens, il faut être inventif, sinon, je ne sais pas comment on peut faire. Je ne voulais vraiment pas me lancer dans un gros projet sans argent... de toute façon je n’aurais pas pu et ça n’aurait pas été bon... (rires). j’aime aborder des thèmes sérieux avec un regard plus léger.

Penses-tu que c’est un moyen de faire passer tes idées?

Oui, et aussi, l’auto-dérision permet de dédramatiser notre vie et de faire un clin d’oeil au spectateur. Faire sourire c’est important.

Parle-nous un peu de ton processus de production.

On a eu une toute petite subvention, mais au total le budget est ridicule. Je préfère ne pas donner de de chiffres... En tout cas, j’espère que ce qui passe à l’écran ce n,est pas le manque de budget. Toute l’équipe a fait des miracles. Le montage, la directrice photo, tout le monde a embarqué. On a tourné dans mon appartement... c’était le chaos! Claire l’hiver m’a permis de commencer à travailler avec des collaborateurs avec qui je vais continuer, Caroline Galipeau à la production, Isabelle Stachtchenko à la photo et Joël Morin-Ben Abdallah au montage et d’autres. Ils m’ont fait confiance. En fait, je voulais utiliser le manque de budget pour nourrir le film... le personnage principal a peu de moyens aussi, donc c’est comme si la réalité de Claire dictait la réalité de tournage qui dictait la réalité de Claire et ainsi de suite. C’était important pour moi que ce soit cohérent et qu’on ne fasse pas semblant, mais qu’on s’excuse pas de ne pas avoir d’argent.

Un retour d’expérience sur tes deux premiers films?

En fait, il faut être très entêté. Ça prend du temps avec d’acquérir la confiance en soi, en ses idées. On est toujours soumis au jugement de nos pairs. Il faut être certain que c’est ce que l’on veut faire et aller jusqu’au bout.

À propos de Sophie Bédard Marcotte

Depuis ses études à l'école Mel Hoppenheim, Sophie développe une approche intimiste qui laisse place aux détours et à l'aventure, contournant les standards d'un cinéma plus didactique et conventionnel. Après avoir produit I've Seen the Unicorn de Vincent Toi (Hot Docs et RIDM 2014), elle passe à la réalisation avec J’ai comme reculé, on dirait, un essai documentaire complété dans le cadre d'une résidence au Centre de Création Périphérie de Paris. En 2017, elle réalise Claire l'hiver, son premier long métrage de fiction, dont la direction photo est assurée par Isabelle Stachtchenko, le montage et les animations par Joël Morin-Ben Abdallah et la production par Caroline Galipeau. Ces trois collaborateurs travaillent avec Sophie sur son prochain film, un long métrage documentaire de type «road movie» qui sera tourné en mai 2018 entre Montréal et Los Angeles, avec l’aide du programme micro-budget de Téléfilm Canada. Dans ce troisième film, la réalisatrice tentera de prendre un thé avec Miranda July pour lui demander des conseils professionnels.

 

CLAIRE L’HIVER – écrit et réalisé par Sophie Bédard Marcotte - Long métrage de fiction, 65 minutes, 2017, Québec, En version originale française avec sous-titres anglais - Mettant en vedette Sophie Bédard Marcotte, Alexa-Jeanne Dubé, Samuel Brassard, Alex B. Martin, Guillaume Laurin et Micheline Lanctôt - Direction photo : Isabelle Stachtchenko - Montage et animations : Joël Morin-Ben Abdallah - Direction artistique et costumes : Alexandra Bégin - Graphisme : Renée Lamothe - Son : Marc Pelletier et Bruno Bélanger - Musique originale : Gabrielle Guénette - Productrices : Caroline Galipeau et Sophie Bédard Marcotte - Production : Les Films de l’Autre - Distribution : La Distributrice de films

 

Par: Charles-Henri Ramond

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