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Québec Cinéma

Les Rose : portrait(s) de famille

Jeudi, 20 Août 2020

Le long métrage documentaire Les Rose de Félix Rose sort en salle vendredi 21 août, un peu partout au Québec (voir les salles). Cinquante ans après les événements d’Octobre, le film revient sur cette période en donnant la parole à Jacques Rose, oncle de Félix, ainsi qu’à plusieurs membres de sa famille. Désireux de livrer de l’Histoire non pas LA vérité, mais UNE vérité, et bien conscient de sa partialité, Félix Rose donne avec ce film un éclairage intimiste à des événements qui ont déjà été abordés dans le cinéma québécois, tant documentaire que fiction. Dans un premier temps, nous avons demandé au cinéaste de nous rappeler l’origine et la genèse de ce projet très personnel qui lui a pris près de dix ans de sa vie. « J’avais six ou sept ans j’ai eu un choc en apprenant le passé de mon père, nous dit-il. C’était un homme assez doux que je ne voyais pas associé à la mort de quelqu’un. À partir de ce moment, je me suis intéressé à l’histoire du Québec et à la généalogie. C’était une façon détournée de le découvrir, dans la mesure où je ne pouvais pas vraiment en parler avec lui. »

Puis, un peu plus tard, Félix Rose entreprend un projet scolaire tournant autour des racines familiales. « Ca a été le début de notre relation, précise le cinéaste. Il a embarqué tout de suite dans mon projet, on est devenus très proches. On a cherché ensemble les origines de la famille Rose, ce qui nous a amenés à faire le tour de l’Irlande ensemble, alors que j’avais 24 ans. J’ai découvert qu’il était très connu des milieux indépendantistes là-bas, il a même été accueilli en héros au parlement irlandais. Durant le voyage, mon père qui n’avait qu’un oeil depuis l’enfance a perdu la vue… C’est à ce moment que j’ai réalisé que sa santé déclinait, qu’il n’était pas éternel et qu’il fallait que je fasse quelque chose avec cette histoire. Durant mes études de cinéma, mon animateur, Simon Beaulieu me passait des films documentaires, de Perrault, Falardeau. Je savais que je voulais être documentariste, j’avais un bon sujet, mais, ma famille, c’est quand même très gros! Le jour où il a eu un AVC, je lui ai fait la promesse d’aller au bout de ma démarche. »

« Mon père avait une force intérieure comme j’en ai rarement vu. »

Ce serment est devenu une obsession pour le jeune cinéaste. « Pendant huit ans, j’ai rencontré plusieurs anciens du FLQ pour mieux connaitre leur histoire, leurs motivations et enregistrer leur parole. Dans les médias, on voyait tout le temps les mêmes images de cette période. J’ai donc fait énormément de recherches d’archives, en allant dans des zones où personne n’avait été auparavant. J’ai été à l’ONF et j’y ai déniché du matériel que même eux ne connaissaient pas ou plus. Au total, je me suis retrouvé avec 500 heures de matériel! Heureusement, j’ai fait une rencontre déterminante, en la personne de Michel Giroux, monteur pour La part du diable, qui m’a aidé à mettre de l’ordre dans tout ça, en plus de me permettre d’apporter une touche artistique à tous ces documents. »

Outre les frères Jacques et Paul Rose, le film met de l’avant la grand-mère du cinéaste, Rose, une personne peu connue de l’histoire, mère protectrice déterminante dans la prise de conscience de ses fils. « Je ne l’ai pas connue puisqu’elle est décédée en 1981 et que je suis né en 1987. Mais elle a tout le temps fait partie de mon univers, car elle était sans arrêt dans la famille et dans la vie de mon père. Je me suis inventé un personnage que je n’avais vu qu’en photo. Ça a été une révélation pour moi de la découvrir à travers ma recherche d’archives qui la mettait en scène. J’ai pu comprendre encore mieux ma famille, mon père, mon oncle et surtout, à quel point c’était elle le point de départ de tout ça. Le moteur, le côté militant, la solidarité, c’est elle qui a transmis ça aux enfants. J’étais très impressionné. C’est une femme d’un milieu populaire qui se retrouve soudainement à l’avant-scène. C’est aussi une mère qui voulait sauver ses fils. Elle les défendait avec tellement de fougue et de conviction que les gens se sont attachés à elle. Ils lui disaient qu’ils n’étaient pas d’accord avec ce que ses fils avaient fait, mais vous, on vous aime. Elle a créé des comités pour libérer des prisonniers politiques, mais son premier réflexe a été de sortir ses enfants de prison. Quand elle s’est rendu compte des conditions d’incarcérations exécrables dans lesquelles ils étaient, elle est devenue la maman de la prison en quelque sorte. C’est devenu le combat de sa vie, et elle l’a mené pendant dix ans. Pour moi, quand on découvre ce personnage – complètement évincé de l’histoire – on comprend mieux qui étaient les frères Rose. »

Par: Charles-Henri Ramond

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