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Québec Cinéma

Souterrain: dans le ventre d’un dinosaure qui respire

Vendredi, 4 Juin 2021

Souterrain, qui est en salle à compter de vendredi 4 juin (voir les horaires de votre région). Le long-métrage, dont la sortie a été repoussée à maintes reprises à cause du contexte sanitaire fragile depuis octobre dernier, avait été présenté en première québécoise lors de la soirée d'ouverture des 39es Rendez-vous Québec Cinéma le 28 avril dernier (voir les photos du Tapis bleu). Rappelons aussi que Souterrain est en nomination pour 13 Prix Iris, qui seront remis dans le cadre du Gala Artisans Québec Cinéma (le 3 juin à 20h) et du Gala Québec Cinéma (le 6 juin à 19h). Nous nous sommes entretenus avec Sophie Dupuis, scénariste et réalisatrice du film

Vous êtes d’une famille de mineurs, un milieu qui vous fascinait depuis longtemps. Pouvez-vous nous présenter la longue petite histoire de ce projet?

Tout le monde dans ma famille travaille dans les mines, même ma mère qui était infirmière. À Val d’Or, c’est banal d’avoir un proche, un membre de la parenté qui travaille dans ce domaine, mais, pour autant, on connaît très peu ce monde-là, parce qu’on n’y descend pas, on ne connaît pas le jargon, on ne sait pas à quoi ressemble le quotidien d’un mineur. Donc, même moi qui en avait entendu parler, je n’avais aucune idée de ce qu’était ce monde. Lorsque j’étais à l’Université de Montréal, en cinéma, je suis retourné voir mon père. Il m’a fait connaître ce qu’était un quart de travail dans une mine. Je me suis dit qu’un jour je ferais un film sur ça. En 2010, j’ai passé un été complet à Val d’Or pour visiter une douzaine de mines. Je collectais de l’information, j’écoutais les mineurs parler. Tous les sujets me paraissaient passionnants. Au cours des dix années qui ont suivi, j’ai dû choisir de quoi j’allais parler. J’ai finalement réussi à choisir mes angles après avoir écrit des versions et des versions du scénario. Je voulais parler de tout, alors j’ai tout essayé! D’ailleurs, certaines versions ne ressemblent pas du tout à ce que vous avez vu. Je me suis dit que ça allait être cool parce que les gens de la région allaient enfin pouvoir voir ce que leur chum, leur oncle, leur père fait sous terre. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a de nombreux vrais mineurs qui sont figurants, coachs d’acteurs ou conseillers sur le film.Ils ont été très généreux. Ils tenaient vraiment à ce que soit réaliste. J’espère qu’ils vont se reconnaître… c’est mon plus grand soucis.

Pourtant derrière le réalisme du film, on sent une volonté de faire un cinéma très fictionnel. La foreuse par exemple, qui rappelle immédiatement le monstre d’Alien… Comment s’est organisé cette transition entre un univers très concret à une fiction parfois irréelle.

Pour nous, le plus important c’était de ne pas juste filmer un décor, mais mettre en scène des personnages qui vivent des émotions. On voulait quand même montre cette « patente », ces machines qui n’ont pas de bon sens et que l’on ne peut même pas imaginer quand on vit à la surface. Je voulais présenter ces choses qui font des sons incroyables, qui bougent… et que tu entends se promener sous terre. On dirait qu’on est dans le ventre d’un dinosaure qui respire.

Et qui sert aussi de métaphore à la vie des personnages, qui creusent eux-aussi leur douleur, leur vie…

Oui, c’est de tout ça dont je voulais parler. Parler des mines c’est parler des hommes. On se fait une idée de gens forts, « tough », mais qui sont au final de grands tendres. Qui se le disent entre-eux, souvent à la blague... des gens qui parlent de leur métier avec passion, mais qui ont surtout créé leur propre famille. Durant mes recherches, c’est ce que tous les mineurs me disaient. La mine c’est une famille… Dans mes anciens films je parlais souvent de ça et je pensais qu’avec Souterrain j’allais pouvoir en sortir… mais finalement, au contraire, je fais encore un film de famille! Fraternité, masculinité, dualité entre ces gars qui doivent aussi faire très attention à leurs collègues, voir s’ils sont corrects. Parce que quand tu descends, tu dois être prêt mentalement présent, émotivement pr^t. Tu dois rester concentrer, sinon tu peux rouler quelque part où tu n’es pas supposé et mettre la vie de quelqu’un en danger. Donc, ces gars-là sont très attentifs les uns envers les autres. Ils partagent quelque chose qu’eux seuls connaissent et comprennent. Leurs blondes ne sont pas toujours capables de comprendre les anecdotes qu’ils se racontent. Donc c’est vraiment entre eux que cela se passe.

Comment avez-vous travaillé l’esthétique de votre film avec votre directeur photo Mathieu Laverdière?

Avant le tournage, le découpage avait déjà été préparé. On avait des plans de galeries et des photos pour qu’il puisse visualiser les lieux. On est descendu une ou deux fois avant de commencer à filmer. C’était un peu « on verra rendu là »... C’est très intéressant de filmer sous terre car, oui, on a un décor intéressant et fascinant, mais on a aussi une texture particulière avec des murs humides qui suintent et qui reflètent bien la lumière. Avec Mathieu, nous voulions créer un film lumineux malgré le fait que c’est très sombre sous terre. Nous voulions montrer le soleil, la chaleur humaine, les rires des gars qui offrent un beau contraste. C’etait aussi important pour moi d’avoir la caméra à l’épaule pour ne pas restreindre mes acteurs dans leurs déplacements. Je voulais qu’on bouge avec eux. Il peut y avoir beaucoup d’émotion qui peut passer dans le mouvement. Filmer sur un trépied ne m’intéressait vraiment pas. C’est donc primordial d’avoir un directeur photo qui est dans la mobilité et dans l’émotion, comme peut l’être Mathieu. Il vit les scènes avec les acteurs. Il peut pleurer derrière sa caméra, ou rire tout fort sans s’en rendre compte… tellement il est là avec eux. Parfois les acteurs improvisent, et on dirait que Mathieu est capable d’anticiper le mouvement, même s’il n’était pas prévu lors des répétitions, tellement il connecte émotivement avec la scène qu’il tourne.. Sa présence ajoute beaucoup à la performance des comédiens.

Parlant de comédiens, il est très rare que des acteurs soient plongés à ce point dans un univers qui leur est étranger. Comment avez-vous travaillé avec eux?

Je fais toujours beaucoup de répétitions pour que les comédiens maîtrisent leur personnage et qu’ils le comprennent parfaitement. Pour Souterrain, en plus de ce travail, je leur montrais beaucoup d’images, de photos que j’avais prises lors de mes recherches. On est allé enregistrer des voix de mineurs pour que les acteurs se familiarisent avec l’accent, avec les intonations. On est aussi allé faire une formation accélérée de sauvetage minier. Ils avaient donc déjà enfilé le matériel, les masques… Ils savaient comment bouger, sur quoi peser, quoi faire dans telle ou telle situation. Même si c’était très rapide comme formation, cela leur donnait de bonnes bases. On a aussi montré à Guillaume Cyr, qui joue le directeur des opérations à la surface, comment cela se déploie en vrai... Sinon, les acteurs sont descendus pour la première fois sous terre la veille du tournage… Ils m’ont dit par la suite qu’ils étaient un peu stressés., mais tout s’est bien passé pour eux. On a été chanceux!

 

 

Entrevue réalisée à Montréal le 28 septembre 2020.

Par: Charles-Henri Ramond

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