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Québec Cinéma

Seuls : entrevue avec Paul Tom

Jeudi, 11 novembre 2021

Après l’émouvant Bagages, moyen métrage réalisé en 2017, Paul Tom refait équipe avec les scénaristes Julie Boisvert et Mylène Péthel pour Seuls, documentaire mêlant animation et prises de vues réelles qui sort en salle vendredi 12 novembre (voir les horaires en salle). Seuls suit trois réfugiés arrivés au Canada sans leurs parents : Afshin a quitté l’Iran en 1986, Alain a fui le Burundi en 2006, tandis que Patricia s’est retrouvée à Montréal, en 2019, après un long périple depuis son Ouganda natal. Pour en savoir plus sur ce film touchant et inspirant, nous avons rencontré le réalisateur, lui-même réfugié de parents cambodgiens.

Dans un premier temps, nous aimerions savoir quelle a été l’étincelle qui a donné naissance à ce film, qui peut se voir comme une suite logique à votre précédent film, Bagages?

C’est vraiment un alignement des planètes. Seuls a commencé le jour où j’ai sorti Bagages aux RIDM il y a quatre ans. Mylène et Julie sont venues me voir pour me proposer un projet qu’elle pensaient être dans mes cordes. Ça parle encore d’immigration, c’est encore à hauteur d’enfants, mais cette fois, il y a un niveau de drame un peu plus élevé par le fait qu’ils sont séparés de leurs parents. Si l’on essaye de faire des affiliations avec Bagages, c’est plus dans le processus qu’on les retrouve, dans le sens où ce n’est pas moi qui ai eu l’idée originale. Seuls a pris quatre ans à faire, mais il y a eu le contexte de la pandémie, qui nous a donné plus de temps entre chaque étape de production.

Justement, parlant de pandémie, qu’est-ce que ce temps supplémentaire vous a permis de faire?

Il y a eu l’animation, qui a pris beaucoup de temps, mais ce délais a aussi permis au montage de se reposer. On a repris le collier ensuite avec la conception sonore et la trame musicale. D’habitude, le compositeur doit créer quelque chose en quelques semaines, mais là, on a eu le bonheur d’étendre la composition sur presque trois mois, permettant des sonorités plus personnelles. Le temps a surtout été utile pour m’approprier le sujet. Dès le départ, je voyais le potentiel narratif puisque le récit touchait à des enjeux liés à notre société, à sa capacité d’accueil. Cela m’a aussi permis de pouvoir réfléchir l’écriture, le montage, pouvoir mixer les différentes étapes de production en même temps au lieu de les segmenter. Ça m’a surtout donné le temps de laisser le récit se reposer et de mieux planifier l’animation. Contrairement à mes autres films, où je fais tout, où je suis dans l’action… le tournage n’étant pas ma partie préféré, je délègue tout au montage, la troisième écriture. Sur Seuls, j’ai aimé travailler par étapes, car j’ai découvert que c’est très important d’écrire un documentaire à l’avance. Ça a fait en sorte que le tournage et le montage sont mieux planifiés.

En se remettant dans le contexte de Bagages, qu’est-ce que vous vouliez approcher de différent sur le sujet de l’immigration? Quelles étaient vos intentions?

Au-delà de l’aventure humaine, ce sont des récits riches en drame, en deuil, en résilience, en hasard et en rencontres. Et tout ça, encapsulé dans la vie d’un enfant. Mon but était surtout de soulever le devoir d’hospitalité et son importance dans la vie des exilés. On a la chance de voir trois parcours de vie qui ont eu la chance d’avoir des personnes de coeur à leurs côtés. Je reprends ainsi les mêmes objectifs que dans Bagages, je souhaitais montrer des gens qui revendiquent juste le droit de vivre en paix. Parfois, la ligne est mince entre une immigration et une intégration réussies et une situation où les choses se passent plus difficilement. Le but était de montrer à quel point en tant que société d’accueil on peut faire une différence. Je voulais planter une graine dans le coeur des gens qui veulent bien avoir le coeur ouvert.

Vous avez chois trois protagonistes immigrés à trois époques différentes, pourquoi?

C’était sans doute la meilleure façon de monter les différents cheminements possibles. Si nous avions montré trois jeunes enfants qui viennent juste d’arriver en lui suivant pendant deux ans, on aurait été dans un autre angle de vue. Avec cette approche, que Mylène et Julie avaient envisagée dès le départ du projet, on veut montrer ce qui est possible. Tu arrives, dix ans plus tard, tu vas avoir passé ces étapes et voilà ce qui est possible. Et si tu poursuis ton chemin, tu peux arriver là trente ans plus tard.

Parlez-nous de l’animation qui donne une couleur particulière à votre film.

Pour moi, c’est l’une des signatures du film. Sans cela, on aurait eu un très bon film de récit, mais avec les séquences animées de Mélanie Baillairgé, ça nous permet de vraiment comprendre ce que c’est que de fuir un pays lorsque l’on est enfant. D’une manière plus concrète, ces enfants n’ayant plus de traces de leur passé, de leurs mémoires. Pour les idéatrices, l’animation permettait de pallier à ce manque. J’ai aimé le fait que l’on soit dans un travail esthétique un peu naïf. Ça a pris du temps à trouver la bonne illustratrice. Lorsque Mélanie est arrivée elle nous a proposé quelque chose de très simple, très à plat, juste en trois couleurs. Elle a été capable de saisir chaque bribe du scénario pour en extraire un ou deux tableaux par scène. Des fois, « less is more ».

La musique est aussi un aspect important de votre film. Qu’avez-vous à en dire?

Je suis très heureux d’avoir pu compter sur la présence vocale de Dominique Fils-Aimé. Le compositeur Samuel Laflamme a eu un lien direct avec elle puisqu’ils avaient travaillé ensemble trois mois plus tôt. Quand je l’ai entendue la première fois en spectacle, pendant que je réfléchissais au scénario, j’ai entendu la voix d’une maman. Une maman réconfortante, une maman qui n’est plus là non plus. Une blessure, mais aussi un aspect chaleureux. C’était important d’avoir cette signature, je crois que cela ajoute un état enveloppant au film.

 

Entrevue réalisée à Montréal, le 8 novembre 2021.

Par: Charles-Henri Ramond

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