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Entrevue avec Garry Beitel

Lundi, 3 octobre 2016

Dans le cadre de nos activités destinées aux jeunes publics, nous étions jeudi dernier au Cégep de Maisonneuve à Montréal, avec Garry Beitel, venu à la rencontre d’une centaine d’étudiants pour présenter son documentaire « À la poursuite de la paix ». La session fut très appréciée des jeunes qui en profitèrent pour poser plusieurs questions au réalisateur. En voici quelques unes.

Qu’est-ce qui vous a incité à faire un documentaire sur ce type de conflits ?

J’ai grandi dans un Canada qui était numéro 1 au monde pour les missions de paix. J’en étais très fier. Je voyageais beaucoup dans le monde et on m’a très souvent félicité ou remercié au nom de mon pays pour ce travail que le Canada faisait dans le monde. Depuis environ 20 ans, le Canada a arrêté de faire ce travail ; qui consistait en des interventions militaires mais pacifiques, où les soldats canadiens essayaient de maintenir la paix et les cessez-le-feu. J’étais dérangé par le fait qu’on ne faisait plus ça. Mais il y a des civils canadiens qui, inspirés par cette tradition, le font eux-mêmes sans nécessairement avoir l’appui du gouvernement, en trouvant de l’emploi avec des ONG, l’ONU ou des fondations et ils se retrouvent partout dans le monde à faire ce travail. Et quand je parlais de ce phénomène autour de moi, presque personne n’était au courant que ça existait. C’était ma motivation pour faire ce documentaire ; d’aller à leur rencontre et faire découvrir ce travail.

On parle beaucoup des grandes guerres mais on entend peu parler des conflits plus locaux et des gens qui servent de médiateurs.

Ce que j’ai appris au fil du temps, c’est que les conflits sont inévitables. Depuis une vingtaine d’années, on voit la naissance d’une nouvelle profession : la médiation de conflits. Des gens apprennent comment exercer cette profession. Il existe plusieurs programmes éducatifs dans le monde. Les médias nous donnent peu d’informations sur ce travail pour la paix.

Ce qui m’a impressionné dans le conflit entre 2 villages au Congo, quand ils sont venus dans la salle de médiation, c’est que c’était la première fois dans leur vie qu’ils avaient l’occasion d’entendre l’histoire de l’autre village. Et même s’il n’y a pas de résolution immédiate et rapide du conflit, au niveau de leur conception du monde, ils réalisent que des gens qu’ils voyaient comme des ennemis ont une histoire personnelle. Ainsi, les deux côtés se voient comme des êtres humains et ça, c’est fascinant. Ça change leur perception du monde et celle de leurs voisins. Ça les humanise.

Quelle a été la plus grande difficulté que vous avez éprouvée en tournant ce documentaire ?

Une des plus grandes difficultés a été de trouver des fonds. Quand j’ai présenté ce projet, quand on fait du documentaire au Québec, si on veut travailler avec un budget confortable, on demande souvent aux télédiffuseurs. Presque tous ceux que j’ai approchés ont refusé parce qu’ils ne croyaient pas qu’un projet sur la paix allait intéresser les gens qui étaient habitués à des histoires de guerre. Heureusement, c’est Radio-Canada qui a finalement décidé d’appuyer le projet et avec cet appui j’ai pu trouver d’autres fonds. Mais il faut persévérer car ça a été presque trois ans pour trouver de l’argent. L’autre chose était de surmonter mes propres peurs d’aller dans les zones de conflit. Quand j’ai su que j’allais en Irak du Nord, j’étais inquiet mais un intervenant m’a convaincu en me disant que c’était plus sécuritaire au Kurdistan que dans la plupart des villes des États-Unis ! Alors j’y suis allé mais il a d’abord fallu surmonter ma propre peur, même si je voyageais avec des gens qui avaient des contacts sur place.

Comment fait-on pour devenir documentariste ?

J’ai une maitrise en film et communication. Il faut que tu aies la passion de croire dans la richesse de travailler avec les gens dans leur réalité quotidienne. Il peut y avoir des cotés dramatiques et surprenants. Il y a quelque chose de très enrichissant à aller à la rencontre et à l’écoute des autres. On est pris par les fictions, la télé-réalité, mais quand on prend les vraies peurs, les vraies émotions et les discussions, c’est ce qui nous enrichit. C’est ce sur quoi repose principalement ma passion.

Invitez vous aussi le cinéma québécois à votre école !

Depuis début septembre, Québec Cinéma a rejoint pas moins de 819 jeunes partout au Canada – et ce n’est qu’un début! Merci aux écoles Amos, Boisjoli, Beaux-Marais, du Sommet, Emmett Johns et Five Bridges High School, au Cégep de Maisonneuve et à l’organisme Dans la rue.

Pour découvrir nos activités et réservez la venue de Québec Cinéma dans votre école, rendez-vous sur notre site jeunesse.

Propos retranscrits par Maxime Labrecque, le jeudi 29 septembre 2016. - Crédit photo : Maxime Labrecque

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