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RT @ctvm: Le 10e festival international de cinéma Les Percéides @wwwperceidesca qui se déroulera du 16 au 26 août en Gaspésie dévoile sa f…

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RT @Telefilm_Canada: La cinéaste, militante et chanteuse abénaquise de 85 ans #AlanisObomsawin aura une murale en son honneur à #Montréal!…

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À l'affiche cette semaine : #Cielo de la réalisatrice Alison McAlpine, que nous avons rencontré pour l'occasion, et… twitter.com/i/web/status/1…

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"Notre cinéma aux Jardins" de retour ce soir aux Jardins Gamelin pour vous offrir du #cinémaquébécois à la belle ét… twitter.com/i/web/status/1…

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Entrevue avec François Jacob

Vendredi, 20 Octobre 2017

Deux longs métrages québécois sortent en salles aujourd'hui 20 octobre. Le film de zombie de Robin Aubert, Les affamés, primé à Toronto et au tout récent FNC, mais aussi le documentaire Sur la lune de nickel réalisé par François Jacob.

Tourné en plein coeur de l'hiver sibérien, Sur la lune de nickel nous propose un voyage irréel dans une ville minière construite par des prisonniers politiques. Le film nous fait rencontrer plusieurs habitants de ces lieux inhumains, et revient sur le passé troublé de cette cité état bâtie sur le sang de centaines de milliers de personnes. À l'occasion de sa sortie (voir les horaires de projection), nous avons posé quelques questions à François Jacob pour en savoir un peu plus sur le film.

Avec Sur la lune de nickel, vous nous transportez dans un monde reclus, inconnu de bien des gens. Que connaissiez-vous du sujet avant de le filmer et qu’est-ce qui vous attiré en lui?

J'en savais peu de choses, entre autres parce que l'essentiel des ressources disponibles sur Norilsk était accessible en Russe, langue que je n'ai appris à maîtriser que durant le tournage. En revanche j'ai découvert des séries photo réalisées par d'incroyables artistes, comme Elena Chernyshova ou Sergei Maximshin. Ces photos ont représenté pour moi le déclencheur visuel et imaginaire. Leur impact a été assez puissant pour que je décide d'entreprendre le voyage avec mon équipe. Il faut comprendre que Norilsk est une ville de l'Arctique russe fermée aux étrangers, à des millliers de kilomètres de nulle part, que c'est une sorte de désert blanc ravagé par la pollution, que c'est une ville industrielle mastodonte rouillée, désuète et en même temps extrêmement puissante. Ajoutez à cela un passé historique tabou et l'hospitalité légendaire de ses habitants et j'avais toutes les raisons au monde de me dire : cette aventure en vaut la chandelle.

Vous tournez en hiver, une période particulièrement rude. Pourquoi avoir choisi ce temps de l’année? Parlez-nous un peu des conditions de tournage.

En réalité, je souhaitais même tourner à Norilsk en janvier-février, au plus fort de la nuit polaire - période pendant laquelle le soleil ne se lève jamais -  et réaliser un film entièrement de nuit. Ce sont les obtentions de visa qui ont mis à mal ce plan. Pourquoi ? Parce que je souhaitais vivre ce qui fait spécifiquement la réputation de Norilsk, à savoir ses conditions climatiques extrêmes, ses vents violents et les effets particuliers qu'occasionnent tout cela sur la psyché des gens qui y vivent.  C'est évident que ça complique la logistique quotidienne des déplacements, le confort des personnages et même la disponibilité des protagonistes locaux, qui eux aussi ont froid et n'apprécient pas de passer de longues heures dehors. L'équipement a souffert, c'est certain. Mais tourner le film en juin m'aurait semblé moins représentatif de l'expérience de cette ville.

Dans ce coin de pays qui s’est lancé à corps perdu dans la surexploitation des ressources minières, on trouve des échos à la relation – délicate – que nous entretenons avec nos richesses naturelles. Est-ce que vous aviez l’intention de marquer les esprits en choisissant ce sujet?

Le film ne fait pas de ponts entre l'expérience québécoise des mines, du Nord et ce que les Russes font de leur minerai, mais je pense en effet que comme nous sommes une province qui connait un fort boom minier, ce film intéressera, car il y a de nombreuses comparaisons à faire. Mon film travaille davantage sur l'expérience intime du travail dans l'arctique, du ressenti par rapport au climat et à l'Histoire de cette région plutôt que sur une analyse politico-économique de l'exploitation du minerai, mais en revanche on y mesure clairement l'impact mental et physique que cela produit : vivre des décennies dans des villes minières qui n'existent que pour casser de la roche, c'est éprouvant. Tout le monde a besoin d'un autre horizon.

Vos protagonistes n’offrent pas une vision très glorieuse de la Russie et du gouvernement en place. Avez-vous ressenti une forme quelconque de surveillance durant votre (vos) séjour(s)? Les autorités vous ont-elles laissé faire ce que vous vouliez?

Je pense qu'il faut faire la part des choses. Nous avons constamment le réflexe d'élargir à la Russie en général et au gouvernement Poutine en particulier tout sujet qui se passe dans ce pays. Mon film n'est encore une fois pas un film pamphlétaire qui vise à lier le quotidien de mes protagonistes à des décisions politiques prises 4000 km plus loin. En revanche, beaucoup de sujet troubles aujourd'hui en Russie traversent mes personnages, et nous pouvons saisir ces problématiques de leur point de vue.

Les autorités nous ont globalement laissé faire ce que nous voulions, mais nous étions en effet sous constante surveillance, avec notamment des rapports à produire tous les 2 jours à la police secrète. C'était stressant, mais nous sommes passés au travers. C'est difficile cependant, et c'est dommage, car la Russie est un superbe pays qui devrait proscrire ces méthodes de contrôle.

Vous venez de la littérature, vous avez fait des films de fiction et vous avez aussi participé à plusieurs longs métrages de fiction (Les démons, Le cyclotron, entre autres) en tant qu’assistant réalisateur. Parlez-nous un peu de votre parcours atypique. Qu’est-ce qui vous attire dans le cinéma documentaire?

Le cinéma documentaire correspond exactement à ce que j'aime et ce que je souhaite pour ma création. Comme vous le mentionnez, je travaille souvent avec des grosses équipes de tournage lorsque je suis appelé comme assistant-réalisateur sur des projets de fiction. J'adore ce travail, mais j'aime aussi avoir le loisir d'alterner avec des contextes plus intimistes, où le tournage entre collaborateurs proches respire la liberté, la création in situ, et où il y a vraiment quelque chose de grisant à vivre. Ce que j'aime aussi en documentaire, c'est le rapport direct avec le réel, qui requiert un engagement intellectuel et sensible total. Quand on fait du cinéma direct à l'autre bout du monde, dans le fond, on se déracine soi-même et on se donne la chance de se mettre à la place d'inconnus, le temps du film. C'est exaltant, et en même temps il faut être à la hauteur. Comme je viens en effet de la littérature à l'origine, j'ai des attentes particulières par rapport au septième art : des bonnes histoires, j'en ai lu des centaines ; ce qui m'intéresse c'est comment une histoire se raconte avec les moyens particuliers du cinéma. En gros, si le travail du (de la)  cinéaste me parait ordinaire formellement, je préfère toujours lire un bon livre. Et quand je tourne, cette terreur de ne faire que "filmer une histoire" me hante.

 

SUR LA LUNE DE NICKEL– écrit et réalisé par François Jacob - Long métrage documentaire, 110 minutes, 2017, Québec, Canada - Version originale russe avec sous-titres français ou anglais - Direction photo : Vuk Stojanovic, François Jacob, Ilya Zima - Montage : François Jacob, Jéricho Jeudy - Prise de son : Hélène Magne | Conception sonore : Hélène Magne - Mixage : Jean Paul Vialard | Musique originale : Viviane Audet, Robin-Jöel Cool, Alexis Martin - Producteur associé : François Jacob | Producteurs : Christine Falco, Vuk Stojanovic - Production : Les Films Camera Oscura | Distribution : Les Films du 3 mars

Par: Charles-Henri Ramond

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